Les contenus pédagogiques numériques audio et vidéo que nous mettons en ligne se partagent entre contenus publics et contenus réservés aux membres de l’université, » sourit Christophe Bansart, le directeur du service TICE de l’université. « Parmi les médias accessibles à tous les publics, nous avons une leçon inaugurale sur l’Union européenne, donnée par Jacques Barrot, le commissaire européen chargé des Transports, également vice-président de la Commission. Mais nous disposons aussi de leçons audio plus techniques, comme une conférence sur le logiciel de création d’exercices interactifs en ligne WIMS, une invention conçue dans nos murs, par un professeur de mathématiques. Nous allons également podcaster une visioconférence réalisée en duplex avec une base de l’Antarctique. »

Une solution à la problématique d’archivage

Le directeur du service TICE de l’université de Nice Sophia Antipolis n’est pas peu fier : il est parvenu à créer des canaux d’édition de contenus audiovisuels légers et simples d’utilisation. Un défi dans un environnement où les moyens sont utilisés avec parcimonie. « Nous avons fait une veille importante sur les outils de contenus de cours, à la fois en mode automatique et scénarisés, » explique Christophe Bansart. « Historiquement, la faculté de médecine de l’université disposait d’importants moyens audiovisuels de captation : caméras, moyens vidéo, micros, etc. Nous avons en effet une obligation légale d’archiver certains cours, et la faculté avait comme projet le stockage de tous les enseignements dispensés. Nous avions besoin d’un système simple d’utilisation pour les enseignants, et d’une solution faiblement consommatrice de ressources en maintenance. Fin 2006, Apple nous a proposé de tester une solution automatisée de captation, de traitement, de diffusion et d’archivage de podcast. Nous avons décidé de l’utiliser pour résoudre notre problématique de sauvegarde initiale. »

   "Le démarrage de l’enregistrement se fait à l’aide du portable de l’enseignant connecté à l’intranet directement depuis la salle de conférence ou à partir d’un ordinateur depuis l’autre bout du monde. Ce qui donne une souplesse d’utilisation très importante à Podcast Producer. "
   Christophe Bansart, directeur du service TICE de l’université de Nice Sofia Antipolis

En fait, Christophe Bansart obtient d’Apple une version test d’un produit alors en développement, et qui a été intégrée depuis à la version serveur de Mac OS X Leopard, Podcast Producer. À l’Unice, son fonctionnement s’appuie sur des agents de captation de flux audiovisuels, installés dans les salles équipées des moyens ad hoc, et qui sont chargés de réaliser l’acquisition en direct des événements qui s’y déroulent. « Les agents en question sont de simples Mac mini reliés à un boîtier d’acquisition que nous branchons soit aux régies qui équipent déjà certaines de nos salles, soit aux caméras, aux vidéo projecteurs et aux microphones qui y sont installés, » explique Christophe Bansart. En fait, de ces dispositifs séparés, l’agent Podcast Producer rend l’ensemble interopérable.

L’une des particularités de la solution adoptée est son agnosticisme géographique. Et ça tombe bien : l’université de Nice s’étale sur 8 campus et comprend 29 implantations universitaires. Les serveurs chargés du traitement des flux de contenus ont ainsi pris leurs quartiers dans un bâtiment en dehors du parc Valrose, tandis que les salles équipées des agents sont disséminées sur plusieurs sites distants de quelques kilomètres.

« Tout le pilotage de la solution est possible depuis Internet, » décrit Christophe Bansart. « Le démarrage de l’enregistrement se fait à l’aide du portable de l’enseignant connecté en Wi-Fi à l’intranet directement depuis la salle de conférence. Mais il serait possible de le déclencher également à partir de n’importe quel ordinateur depuis l’autre bout du monde. Ce qui donne une souplesse d’utilisation très importante à Podcast Producer. »

serverUne fois la captation de l’événement opérée dans un format proche du DV, le fichier est transféré via l’intranet universitaire à l’application Podcast Producer, installée sur une grappe de 5 Xserve fonctionnant sous Mac OS X Server. Ces serveurs s’appuient sur la technologie de calculs en grille Xgrid pour réaliser les opérations de traitement nécessaires. Dans les faits, les flux audiovisuels sont transformés aux formats Flash, Mpeg-4 et OGG, tandis que les fichiers sonores, ou les extractions de bandes son subissent une conversion au format MP3. Un Xserve RAID se charge du stockage de ces contenus audiovisuels, et d’abord de sauvegarder tous les cours de premières années de la faculté de médecine. L’ensemble s’est également vu hissé au rang de système de stockage pédagogique, en hébergeant tous les documents pédagogiques de l’université. Enfin, les Xserve font aussi tourner la plate-forme pédagogique accessible par le biais d’un serveur Web. L’ensemble est interrogeable depuis l’une des 400 bornes Wi-Fi qui assurent la couverture numérique des principaux lieux de vie des 8 campus de l’université.

Vers une appropriation des contenus pédagogiques

« Une fois ces contenus emmagasinés, il faut encore pouvoir les restituer, » ajoute Christophe Bansart. « Nous avons sélectionné deux moyens d’accès. D’abord un kiosque en ligne, qui diffuse nos contenus au format Flash, que nous avons retenu en raison de son ubiquité. Et puis il y a le format podcast audio et vidéo ; la souplesse de la baladodiffusion permet un accès en mode connecté depuis un ordinateur ou déconnecté sur un baladeur numérique tel que l’iPod. »

Christophe Bansart ouvre son MacBook Pro 15 pouces pour montrer des exemples de contenus mis en ligne au travers du Kiosque de l’université. Celui-ci a été mis en place pour naviguer dans les podcasts et visionner les médias édités par les personnels de l’institution. À l’automne 2007, ce sont plus de 5 Go de leçons, de conférences, de colloques, de documentaires pédagogiques et de reportages, qui sont mis à la disposition du grand public. Sans compter les cours enregistrés, disponibles aux seuls étudiants, ou encore les archives datant d’avant la rentrée 2007.

Mais l’arrivée des podcasts n’a pas seulement amené l’Unice à réfléchir aux différents modes de diffusion. À partir de la problématique de sauvegarde, d’autres usages possibles se sont fait jour. Une fois Christophe Bansart convaincu de la puissance de la solution, l’extension de son utilisation aux autres besoins des professeurs dans toutes les filières devenait une évidence. « D’autant plus que nous disposions d’une expertise pédagogique d’intégration de vidéo de cours au travers d’enseignements à distance comme la préparation du Capes et de l’agrégation, ou de la version “ESSQU@D” de notre master d’Ingénierie du système de santé ».

   "Nous avons sélectionné deux moyens d’accès : un kiosque en ligne et le format podcast audio et vidéo. La baladodiffusion a ceci de flexible qu’elle est accessible en mode connecté depuis un ordinateur ou sur un baladeur numérique comme l’iPod."

Mis en place depuis mars 2007, Podcast Producer et l’accès aux podcasts pédagogiques prennent peu à peu leur place. L’université de Nice est parvenue à insuffler un esprit de fonctionnement similaire aux WebTV, mais à un coût dérisoire et sans nécessiter d’équipe éditoriale. L’offre s’inscrit ainsi dans une démarche de fourniture de nouveaux services aux étudiants. Elle donne accès à un nouveau moyen d’apprendre en répétant, et permet à l’Université d’enrichir son savoir-faire de visioconférences. Les autres publics concernés par ces contenus touchent différents enseignements : économie-gestion, LEA, droit, chimie, STAPS, ou même philosophie.

iPod« Le fait de podcaster mes cours me permet d’amener d’autres étudiants à les suivre, » explique Jean-Luc Gautero. Ce maître de conférence en épistémologie, logique et histoire des sciences utilise un iPod nano équipé d’un micro-cravate pour enregistrer ses cours. « Parmi mes étudiants, il y a beaucoup de jeunes non-francophones issus du programme Erasmus. La mise à disposition de mes cours leur permet de les réécouter et de les comprendre. De même pour les auditeurs libres. Ces étudiants atypiques, souvent des personnes âgées, utilisent les podcasts pour mettre leurs notes au propre et clarifier leur compréhension de mes interventions. Je n’ai pas pour autant changé ma façon d’enseigner. En revanche, arrivé chez moi, je convertis le cours au format MP3 dans iTunes, et je le mets à disposition sur le site de l’université. »

Il s’agit de la seconde phase de l’expérience : l’Unice met désormais à disposition de ses enseignants une mallette pédagogique comprenant l’équipement utilisé par le professeur Gautero. Celui-ci a enregistré une cinquantaine d’heures de cours au début 2007, et poursuit l’expérience depuis la rentrée de septembre. Trente iPod sont ainsi mis à disposition des enseignants, afin de favoriser la généralisation de ces usages.

« Pédagogiquement parlant, il y a deux approches de l’utilisation des contenus audio et vidéo numériques, » reprend Christophe Bansart. « Le service de masse aux étudiants, qui peut être comparé à ce que font les universités américaines comme Stanford au travers du programme iTunes U. Mais il y a également l’approche que nous avons commencé à initier : l’appropriation des contenus par les enseignants dans une optique de scénarisation. Il s’agit alors d’enrichir les contenus enregistrés pour dépasser le présentiel (la présence obligatoire des étudiants aux cours) et s’orienter vers du travail collaboratif. »

Il est encore un peu tôt pour observer une modification des comportements des enseignants et des étudiants dans ce domaine. Il s’agit d’un travail de longue haleine, qui demande un investissement non négligeable. Mais le nombre d’abonnés aux podcasts pédagogiques est en augmentation constante depuis la rentrée à mesure que l’offre de contenus augmente. « Nous ne rencontrons plus vraiment de réticence à la mise en ligne de contenus, à condition d’offrir le cadre pédagogique adapté, » assure Christophe Bansart. « Nous avons débuté la formation des enseignants pour qu’ils puissent s’offrir la possibilité d’interagir sur leurs contenus et être prescripteurs auprès des étudiants. »

En fait, les contenus numériques donnent un nouvel espoir aux universitaires : ils permettent de rouvrir les différents champs disciplinaires et de mettre en place des passerelles entre des enseignements jusqu’à présent arbitrairement découpés. Les autres universités de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur ne s’y sont d’ailleurs pas trompées : celles d’Avignon, de Marseille et de Toulon se sont laissées convaincre par l’expérience du podcasting de l’université de Nice. Déjà, elles ont fait l’acquisition de plusieurs dizaines d’iPod et d’une solution Podcast Producer. Les enjeux de la pédagogie numérique ont déjà dépassé le seul Parc Valrose et la Baie des Anges.